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Personne de référence : un outil professionnel de raisonnement ou d’évaluation

laurain05
26 sept.
7 min de lecture


Dans les critères et documents de l’OrTra TC (liens au bas de ce post), on rencontre l’expression : "implication de personnes de référence et de spécialistes".


Personne de référence : cette formule peut surprendre. Elle peut même laisser penser qu’il faudrait peut-être demander systématiquement, de but en blanc, à une cliente ou à un client : "Qui est votre personne de référence ?".


Dans la pratique thérapeutique, les choses sont plus fines et subtiles que cela…


Le terme "personne de référence" appartient avant tout au langage professionnel et au contexte de l’évaluation (phase accueil ou rencontre). Il désigne une idée importante : la thérapeute complémentaire tient compte des soutiens dont une personne dispose autour d’elle et sait, lorsque la situation le justifie, réfléchir à l’implication possible d’un proche ou d’un professionnel.


Il ne s’agit donc pas de poser une question standardisée en utilisant un jargon qui n’appartient qu’à nous, thérapeutes!




Bulle de dialogue



Un terme professionnel à traduire


Les documents d’évaluation de l’OrTra TC précisent que l’ "implication de personnes de référence et de spécialistes" peut prendre plusieurs formes : recommander au client de chercher le dialogue avec une personne de confiance ou un spécialiste, suggérer une consultation médicale, agir de manière adéquate dans une situation d’urgence, ou encore échanger avec d’autres professionnels avec l’accord du client ou à sa demande.


Cette précision est essentielle.


L’enjeu n’est pas de recueillir une information administrative sur l’entourage du client.


L’enjeu est de savoir si, dans une situation donnée, la personne est entourée, soutenue ou isolée, suivie par d’autres professionnels, ou susceptible d’avoir besoin d’un relais.


En d’autres termes, le terme OrTra décrit une compétence de discernement (compétence qui appartient donc au thérapeute, dans ce contexte). Il ne fait pas partie d'un script à appliquer dans chaque début d'entretien.


Beaucoup de thérapeutes font déjà cela naturellement. Lorsqu’ils demandent comment une personne traverse une période difficile, si elle peut compter sur quelqu’un, si un médecin suit déjà la situation ou si elle connaît des services auxquels s’adresser, ils explorent de facto le filet de soutien de cette personne.


Ils n’emploient simplement pas l’expression « personne de référence ». Le vocabulaire de l’OrTra est utile pour nommer les compétences attendues, ou dans une discussion entre pairs. Dans la rencontre thérapeutique, il doit être traduit en langage simple, en écoute et en discernement, afin de percevoir, avec respect, ce qui peut réellement soutenir la personne.



Ne pas confondre concept et question obligatoire


Transformer un concept professionnel en question imposée peut poser plusieurs problèmes.


D’abord, « personne de référence » est une expression peu habituelle dans le langage courant. Une cliente peut se demander ce que l’on attend d’elle : faut-il nommer son conjoint, son patron, son banquier? Faut-il donner un numéro de téléphone? Est-ce une démarche officielle? Pourquoi cette question? Quel rapport avec son problème de digestion?


Une telle question posée de manière automatique risque de ne pas avoir de sens dans la situation rencontrée. Toute information demandée dans un entretien devrait avoir un objectif clair : pourquoi en ai-je besoin maintenant, et qu’est-ce que cela changera dans mon accompagnement? Il faut être prêt à justifier cette demande...


Enfin, cette question peut être délicate pour une personne isolée, en deuil, en conflit familial, dans une situation de violence ou après une rupture. Demander : « Qui est votre personne de référence ? » peut faire surgir brutalement l’absence de soutien. Dans ce cas, la question peut être vécue comme une mise en évidence de ce qui manque plutôt que comme une ouverture vers une ressource.


Cela ne signifie pas qu’il faut éviter le sujet de l’entourage. Cela signifie qu’il convient de l’aborder avec tact, en fonction du contexte et sans présupposer qu’une personne proche existe forcément.



Ce que l’on cherche réellement à comprendre


Dans l’entretien, le thérapeute complémentaire n’a pas besoin d’identifier une personne

«officielle». Il cherche plutôt à comprendre quelles ressources sont présentes — ou absentes — dans la vie du client.


Ces ressources peuvent être relationnelles, familiales, professionnelles, sociales ou communautaires.


Elles peuvent inclure :


  • une famille, un ami, une voisine ou un collègue avec qui le client peut parler (toutes les familles et tous les amis n'étant pas forcément des ressources...)

  • un médecin traitant ou une autre spécialiste de de la santé, un assistant social, un service spécialisé

  • un groupe, une association, une communauté ou une activité régulière

  • la capacité de la personne à demander elle-même de l’aide et à organiser une démarche.


L’absence de réseau est aussi une information importante. Elle ne constitue pas un échec de la personne, et elle ne doit pas être traitée comme une anomalie à corriger. Elle permet simplement au thérapeute de mieux comprendre la situation globale, les vulnérabilités éventuelles et les limites du soutien disponible hors séance.



Un questionnement plus naturel


Il n’est pas nécessaire d’utiliser l’expression "personne de référence" avec le client. Il est possible d’explorer son contexte de manière plus humaine, plus ouverte et plus utile.


Selon la situation, on peut par exemple demander :


  • Comment êtes-vous entourée en ce moment ?

  • Dans les périodes difficiles, y a-t-il quelqu’un avec qui vous pouvez parler ?

  • Y a-t-il des personnes sur qui vous pouvez compter lorsque cela devient compliqué ?

  • Est-ce que quelqu’un autour de vous est au courant de ce que vous traversez ?

  • Avez-vous déjà un médecin ou une autre professionnelle qui vous accompagne dans cette situation ?

  • Qui vous aide habituellement lorsque vous ne vous sentez pas bien ?

  • Qu’est-ce qui vous soutient en dehors des séances ?

  • Si la situation s’aggravait, sauriez-vous vers qui vous tourner ?

  • Souhaitez-vous que nous réfléchissions ensemble aux soutiens qui pourraient vous être utiles ?


Ces formulations ne sont évidemment pas des questions à dérouler comme un questionnaire. Elles sont des possibilités. Le choix dépend de ce que la personne amène, de son état émotionnel, de la qualité de l’alliance thérapeutique et de la problématique qui rend la question pertinente.


Dans certains cas, il est tout à fait possible de ne pas aborder ce sujet lors de la première séance. Dans d’autres, notamment lorsqu’une personne paraît très fragilisée ou qu’une question de sécurité se pose, l’exploration du soutien disponible devient au contraire importante.



De la discrétion au consentement


La discrétion qui fait intrinséquement partie de la relation thérapeutique demande de savoir distinguer ce qui est utile de ce qui ne l’est pas.


Il n’est pas nécessaire de consigner le nom, les coordonnées ou des éléments personnels concernant un proche simplement parce qu’il a été mentionné. Il est évidemment encore moins justifié de prendre contact avec cette personne sans motif précis, sans information claire au client et sans son accord.


L’OrTra TC indique explicitement que les échanges avec des spécialistes ou des personnes de référence se font d’entente avec les clients ou à leur demande. Cette logique est précieuse : si un relais paraît utile, le client reste partie prenante de la décision.


Une thérapeute peut, par exemple, dire : "Vous me décrivez une période où vous vous sentez très seule avec cela. Je me demande s’il y aurait quelqu’un avec qui vous pourriez en parler, ou un professionnel qui pourrait vous accompagner davantage. Est-ce que vous souhaitez que nous y réfléchissions ensemble ?".


Cette formulation ne présume ni l’existence d’un entourage ni le souhait du client de l’impliquer. Elle ouvre une possibilité, sans aucune obligation. Evidemment, choisissez toujours les mots qui vous ressemblent, c'est ainsi qu'ils seront le mieux perçus!



Quand une implication peut devenir nécessaire


Dans de nombreuses situations, le fait de connaître l’existence d’un entourage ou d’un suivi professionnel suffit à mieux comprendre le contexte du client. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin.


Mais certaines situations appellent une réflexion plus active. C’est notamment le cas lorsqu’une clarification médicale est indiquée, lorsqu’il existe une détresse psychique importante, lorsque l’autonomie de la personne est fortement diminuée, ou lorsqu’une urgence somatique ou psychique se présente (Red flag).


Il est bon de rappeler que le thérapeute complémentaire doit pouvoir reconnaître une situation nécessitant une clarification médicale, apprécier son degré d’urgence et agir de manière adéquate dans les situations d’urgence et de détresse.


Dans un tel contexte, l’implication d’un médecin, d’un service d’urgence, d’un spécialiste ou parfois d’un proche peut être pertinente. La question centrale n’est alors plus : "Qui est votre personne de référence ?" Elle devient : "Quelle est l’action la plus sûre, la plus juste et la plus adaptée à cette situation, ici et maintenant ?"



Pour l’examen fédéral supérieur (EPS) : montrer sa réflexion


Pour les candidat-es à l’EPS, la notion de "personnes de référence et de spécialistes" gagne à être comprise comme un élément du raisonnement professionnel.


Il peut être utile de pouvoir expliquer :


  • quelles ressources relationnelles et professionnelles la personne possède ou ne possède pas (notamment lors de l’examen oral qui suit la pratique)

  • ce que cette situation implique pour l’accompagnement

  • si l’implication d’un proche ou d’un spécialiste est indiquée, utile ou non

  • comment respecter l’autonomie, la discrétion et le consentement du client

  • quelles alternatives d’action sont envisageables

  • pourquoi une décision particulière est proportionnée à la situation.


Une réponse solide ne consiste donc pas à dire : "J’ai demandé au client qui était sa personne de référence."


Voilà un exemple : "La cliente semblait très isolée et exprimait une fatigue importante. J’ai exploré avec elle, sans présumer de son entourage, les soutiens disponibles dans sa vie quotidienne et l’existence d’un suivi médical. Elle m’a indiqué être en contact régulier avec son médecin traitant, mais ne pas souhaiter impliquer ses proches. J’ai respecté ce choix. Au vu de l’évolution de ses symptômes, je lui ai proposé de reprendre contact avec son médecin dans un délai rapproché et nous avons réfléchi à ce qui pourrait l’aider à ne pas rester seule si son état se détériorait."


Dans cet exemple, le candidat montre qu’il sait observer, explorer, évaluer, proposer et respecter la décision de la cliente. La compétence est acquise.



En deux mots…


La notion de "personne de référence" ne devrait pas être comprise comme une donnée à obtenir en début de séance, ni comme une question obligatoire à poser.


Ce concept invite la thérapeute complémentaire à prendre en compte les soutiens réels du client, son éventuel isolement, les professionnels déjà impliqués et les relais possibles lorsque la situation le demande. Le terme "personne de référence" doit être pris comme un outil professionnel de raisonnement ou d’évaluation. Ce qui évalué avec cet outil, c’est la capacité du thérapeute à percevoir les ressources et les vulnérabilités du client, à proposer un soutien si c’est indiqué, mais toujours avec tact, en respectant l’autonomie de la personne.



...Plutôt que des techniques particulières, ce sont les relations thérapeutiques, ou les qualités du conseiller dans les relations thérapeutiques qui permettent de capitaliser sur les forces internes des clients...

Cochran et Cochran




Sitographie :




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